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Le Dispensaire Français et Moi : Pourquoi je Donne de Mon Temps pour la Santé des Femmes à Londres

Il y a un silence particulier qui suit le moment où une femme finit de vous raconter quelque chose qu’elle portait seule depuis longtemps. Ce n’est pas le silence du cabinet de Kensington ou de Harley Street, où le cadre est familier et le rendez-vous attendu. C’est le silence d’une femme assise dans un dispensaire à Hammersmith, souvent après le travail, parfois avec un enfant sur les genoux, qui vient de dire à un médecin — pour la première fois depuis des années — que quelque chose ne va pas.

Illustration représentant les soins de santé communautaires et la bienveillance

Je suis bénévole au Dispensaire Français de Londres. J’ai déjà écrit sur le Dispensaire — ce qu’il est, qui il sert, comment il fonctionne. Cet article est différent. Il parle de ce que j’y ai appris, et de pourquoi ce travail me touche d’une manière qui dépasse le devoir clinique.

Les femmes entre deux systèmes

Les femmes que je vois au Dispensaire ne forment pas un groupe homogène. Certaines sont jeunes, récemment arrivées à Londres, travaillant dans la restauration ou la garde d’enfants, sans statut migratoire stabilisé et incertaines de leurs droits. D’autres vivent ici depuis des années, sont techniquement éligibles au NHS, mais n’ont jamais réussi à s’inscrire chez un GP — ou se sont inscrites mais ont trouvé le système tellement différent de ce qu’elles connaissaient qu’elles ont cessé de s’en servir. Certaines sont étudiantes. Certaines sont mères. Certaines sont des femmes de cinquante ans qui ont quitté la France il y a longtemps et n’ont plus vu de gynécologue depuis.

Ce qu’elles partagent, c’est une brèche. Elles sont tombées entre deux systèmes de santé — le français qu’elles ont quitté, qui leur donnait un gynécologue dès l’adolescence, et le britannique dans lequel elles sont arrivées, qui n’offre pas cette relation. Et parce que la santé gynécologique est intime, parce qu’elle exige de la confiance et de la nuance linguistique, parce que tant de ces préoccupations semblent privées et même honteuses, la brèche a tendance à s’élargir jusqu’à ce que le silence devienne la norme.

Une femme qui n’a pas eu de frottis depuis sept ans ne le formule généralement pas ainsi. Elle dit qu’elle avait toujours l’intention de s’en occuper. Qu’elle ne savait pas comment ça marchait. Qu’elle a essayé de prendre rendez-vous mais n’a pas compris la lettre, ou n’a pas pu s’absenter du travail, ou s’est sentie gênée d’expliquer ce dont elle avait besoin en anglais à la réceptionniste. Les barrières ne sont pas spectaculaires. Elles sont petites, cumulatives, et parfaitement compréhensibles.

Ce que je vois en une soirée de consultation

Une soirée de consultation au Dispensaire dure quelques heures. Je vois quatre à six femmes dans ce temps. L’éventail de ce qui franchit la porte est large, et chaque rendez-vous porte son propre poids.

L’une vient parce qu’elle saigne irrégulièrement depuis des mois et n’a su à qui en parler. Une autre parce qu’elle a arrêté sa pilule en arrivant à Londres — elle ne savait pas comment obtenir une nouvelle ordonnance — et fait face aux conséquences d’un rapport non protégé qu’elle n’avait pas prévu. Une troisième parce qu’elle a quarante-huit ans, que ses règles sont devenues erratiques et que son sommeil s’est effondré, et que personne ne lui a mentionné le mot périménopause parce qu’elle n’a pas consulté de médecin depuis trois ans.

Chacune de ces femmes aurait été prise en charge plus tôt en France. Non parce que le système français est parfait — il ne l’est pas — mais parce que la structure était là. Un gynécologue qui les connaissait. Un rendez-vous annuel qui provoquait la conversation. Une relation qui rendait la confidence naturelle plutôt que laborieuse. Quand cette structure disparaît, les femmes n’arrêtent pas soudainement d’avoir besoin de soins. Elles arrêtent simplement d’en recevoir.

Le poids de la langue

J’ai appris, au fil de mes années au Dispensaire, que la langue n’est pas un simple outil de communication en gynécologie. C’est un passeport vers l’honnêteté.

Une femme qui décrit des pertes vaginales dans sa deuxième langue utilisera moins de mots, des mots moins précis, et révélera moins que dans sa langue maternelle. Elle ne vous dira pas que les pertes ont une odeur particulière parce qu’elle n’a pas le vocabulaire anglais pour le dire, ou parce qu’elle trouve le mot indélicat, ou parce que le registre émotionnel de la description de symptômes intimes dans une langue étrangère est exposant d’une façon que sa langue maternelle n’est pas. Elle dira que tout va bien, ou elle n’en parlera pas du tout, et le diagnostic sera manqué.

Quand je parle à ces femmes en français, la consultation s’ouvre comme une porte. La précision revient. La gêne recule — pas entièrement, car les préoccupations gynécologiques portent leur propre vulnérabilité quelle que soit la langue, mais suffisamment pour que la conversation clinique fasse son travail.

Ce que le bénévolat m’enseigne sur ma pratique privée

Je serais malhonnête si je disais que mon travail au Dispensaire n’influence pas ma pratique à Kensington et Harley Street. Il l’influence profondément.

Les femmes que je vois en privé sont, dans l’ensemble, dans une situation différente. Elles ont une assurance, ou les moyens de payer. Elles ont choisi d’être là. Mais beaucoup partagent une version de la même frustration que je vois au Dispensaire — elles ont quitté la France, perdu leur gynécologue, et la lacune dans leur suivi a des conséquences qu’elles n’avaient pas anticipées.

La différence est de degré, pas de nature. Une femme au Dispensaire qui n’a pas eu de frottis depuis sept ans parce qu’elle n’a pas su naviguer le système a un parallèle chez la patiente privée qui n’a pas eu de frottis depuis quatre ans parce qu’elle a repoussé le rendez-vous une fois qu’elle a réalisé que ce n’était plus intégré à une visite annuelle chez un spécialiste. Les deux femmes ont vécu le même problème structurel : l’absence du modèle de gynécologie médicale qui les aurait maintenues dans le système.

Mon temps au Dispensaire me rappelle que les soins que je propose ne sont pas un luxe. Ils répondent à une lacune réelle — une lacune qui touche les femmes à tous les niveaux économiques, mais qui pèse le plus lourdement sur celles qui ont le moins de ressources pour la combler elles-mêmes.

Une institution qui dure depuis deux siècles

Le Dispensaire Français fait partie de la Société Française de Bienfaisance, une association caritative fondée en 1816. Il est situé au 184 Hammersmith Road, Londres W6 7DJ, et propose des consultations médicales gratuites ou à faible coût, un soutien social et des services d’aide aux francophones du Royaume-Uni en difficulté financière.

Que cette institution ait survit plus de deux siècles en dit long sur la permanence du besoin qu’elle sert. Les francophones à Londres ont toujours eu besoin d’un point d’accès aux soins qui comprenne leur langue, leurs attentes et les vulnérabilités particulières liées au fait de vivre dans un pays qui n’est pas le sien.

Comment accéder au Dispensaire — ou le soutenir

Si vous êtes une femme francophone à Londres et que vous avez besoin de soins gynécologiques sans pouvoir accéder au secteur privé, le Dispensaire est là pour vous. Les consultations sont gratuites, en français, et assurées par des spécialistes qui comprennent votre culture médicale. Contactez le Dispensaire via www.df-sfb.org.uk ou par téléphone.

Si vous êtes en mesure de soutenir le Dispensaire :

La médecine la plus significative que je pratique n’est pas toujours la plus complexe. Parfois, c’est simplement être là — dans la bonne langue, au bon moment, pour une femme qui avait cessé de croire que quelqu’un l’écoutait.

Vous cherchez une gynécologue privée à Londres ? Je consulte également à Kensington et Harley Street, en français et en anglais.

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Écrit par le Dr Victoire Kotur de Castelbajac, Gynécologue (inscrite au GMC) — Mars 2026

Sources & Lectures complémentaires

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