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La Gynécologie Médicale : Cette Spécialité Française qui N’existe Pas au Royaume-Uni

Il existe une différence fondamentale entre les systèmes de santé français et britannique, invisible pour la plupart des gens — y compris pour de nombreux médecins. Cette différence détermine quel médecin vous voyez, quelle formation il a reçue, quel type de soins il peut vous offrir, et in fine, si votre santé gynécologique est gérée de manière proactive ou seulement quand quelque chose ne va pas. La voici : la France a deux spécialités gynécologiques distinctes. Le Royaume-Uni n’en a qu’une.

Illustration représentant la distinction entre gynécologie médicale et chirurgicale

Quand on a grandi dans le système français, la gynécologie médicale paraît tellement évidente qu’on oublie à quel point elle est exceptionnelle. Pourtant, cette spécialité n’existe pratiquement nulle part ailleurs. Et son absence au Royaume-Uni a des conséquences très concrètes pour les Françaises qui s’y installent.

Deux spécialités, deux philosophies de soin

Vous le savez, mais il vaut la peine de le formuler clairement pour mesurer ce qui manque de l’autre côté de la Manche.

La gynécologie médicale est une spécialité non chirurgicale. Son DES (Diplôme d’Études Spécialisées) dure quatre ans après les épreuves classantes nationales. Le gynécologue médical prend en charge le suivi contraceptif, le dépistage cervical et mammaire, la santé hormonale, les troubles du cycle, la ménopause, les pathologies vulvaires bénignes, et plus largement, l’accompagnement médical de la femme tout au long de sa vie. C’est lui — ou elle — que vous voyez chaque année. C’est votre médecin de référence en santé gynécologique.

La gynécologie obstétrique est une spécialité chirurgicale. Son DES dure six ans et inclut une formation chirurgicale approfondie : hystérectomies, cœlioscopies, prise en charge des grossesses compliquées, accouchements, césariennes. Le gynécologue obstétricien intervient quand il y a besoin d’un geste chirurgical ou d’une prise en charge obstétricale spécialisée.

Ce ne sont pas deux facettes d’un même métier. Ce sont deux formations différentes, deux examens différents, deux modes d’exercice différents, deux visions du soin. Le gynécologue médical est votre partenaire de santé au long cours ; le gynécologue obstétricien est le spécialiste que vous consultez quand un geste technique s’impose.

Au Royaume-Uni : une seule spécialité, essentiellement chirurgicale

Au Royaume-Uni, la gynécologie est une spécialité unique, gouvernée par le Royal College of Obstetricians and Gynaecologists (RCOG). La spécialité s’appelle officiellement Obstetrics and Gynaecology — les deux disciplines sont indissociables dans la formation, la pratique et l’identité professionnelle. La formation dure sept ans et est fortement orientée vers les compétences chirurgicales et la gestion obstétricale.

Concrètement, un gynécologue britannique est d’abord un chirurgien. Sa formation l’a préparé à opérer, à gérer des grossesses complexes et des urgences. Elle ne l’a pas spécifiquement formé à assurer le type de soins préventifs, non chirurgicaux et continus qu’un gynécologue médical français propose.

Les fonctions du gynécologue médical sont donc réparties entre plusieurs intervenants :

Aucun interlocuteur unique ne détient la vision d’ensemble. Aucun spécialiste ne vous suit année après année. Le système fonctionne par épisodes, pas par relation continue.

Une spécialité menacée, sauvegée, et toujours fragile

L’histoire de la gynécologie médicale en France est indissociable de l’histoire des droits des femmes. La spécialité s’est développée dans le sillage de la loi Neuwirth de 1967 sur la contraception, en réponse au besoin d’un accompagnement médical spécifique des femmes dans leurs parcours hormonaux, reproductifs et préventifs.

Pendant des décennies, la gynécologie médicale a été un pilier des soins aux femmes en France. Puis, en 1987, la voie universitaire de formation a été supprimée dans le cadre d’une réforme des études médicales. Pendant seize ans, aucun nouvel interne n’a été formé en gynécologie médicale.

La réaction des femmes et de la profession a été remarquable. Une mobilisation soutenue — portée par des patientes, des associations féministes et des professionnels de santé — a obtenu le rétablissement de la formation en 2003. Mais les dégâts étaient considérables : une génération entière de gynécologues médicaux avait été perdue. Leur nombre est passé de près de 2 000 en 2007 à moins de 1 000 en 2020. Aujourd’hui encore, de nombreux départements français n’ont plus aucun gynécologue médical en exercice.

Que les Françaises se soient battues avec autant de détermination pour préserver cette spécialité en dit long sur sa valeur. La relation entre une femme et son gynécologue médical — cette alliance thérapeutique au long cours, préventive, non chirurgicale — n’est pas un confort. Elle est vécue comme un droit.

Ce que cela signifie pour les Françaises à Londres

Quand une Française arrive à Londres et cherche à retrouver le suivi gynécologique auquel elle est habituée, elle se heurte à un système qui n’a tout simplement pas de place pour cela. Elle s’inscrit chez un GP et découvre que son GP, aussi compétent soit-il, n’est pas gynécologue. Elle demande une orientation vers un spécialiste et s’entend répondre que ses préoccupations ne justifient pas un avis spécialisé, ou que la liste d’attente est de plusieurs mois. Elle cherche le bilan annuel complet qu’elle avait en France et ne le trouve nulle part dans le NHS.

Ce n’est pas un échec des médecins britanniques. C’est une lacune structurelle. Le système britannique n’a pas été conçu pour délivrer le type de soins que le système français assure à travers la gynécologie médicale. Les prestations existent — contraception, dépistage, prise en charge hormonale — mais elles sont fragmentées entre plusieurs intervenants, délivrées en consultations courtes, et accessibles via un parcours d’orientation qui fonctionne souvent plus comme un obstacle que comme un chemin.

Pourquoi le modèle intégré bénéficie aux femmes

L’intérêt du modèle de gynécologie médicale n’est pas seulement culturel. Il y a un argument clinique solide en faveur d’un spécialiste unique qui gère la santé gynécologique d’une femme au fil du temps.

La continuité améliore les résultats. Quand le même clinicien vous voit année après année, il repère des changements qu’une consultation ponctuelle manquerait. Un changement subtil dans votre cycle, une augmentation progressive de l’abondance des règles, un nouveau symptôme dans le contexte d’un historique connu — ce sont ces observations qui permettent un diagnostic précoce et une prise en charge adaptée.

L’intégration réduit la fragmentation. Une femme atteinte de SOPK, par exemple, a besoin d’un suivi contraceptif, d’une surveillance métabolique, d’un dépistage des complications et souvent d’un accompagnement en fertilité. Au Royaume-Uni, ces besoins peuvent être éclatés entre un GP, un diabétologue, un spécialiste de la fertilité et un gynécologue hospitalier. Dans le modèle français, un seul gynécologue médical peut coordonner l’ensemble.

La prévention est plus efficace quand elle est structurée. Un bilan annuel avec un spécialiste qui connaît votre référence a plus de chances de détecter précocement une endométriose, une périménopause débutante ou un changement mammaire qu’un système qui repose sur l’auto-présentation des femmes chez leur GP quand les symptômes deviennent suffisamment sévères.

Comment je concilie les deux systèmes

Ma formation en France, à l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris, m’a inculqué les principes de la gynécologie médicale : l’importance de la continuité, de la prévention, de la prise en charge globale de la femme. Ma formation et ma pratique au Royaume-Uni m’ont donné une connaissance approfondie du système britannique — ses recommandations fondées sur les preuves, ses standards cliniques, son excellence dans certains domaines.

Ce que je propose dans ma pratique est une synthèse des deux : un suivi spécialisé, continu et global — bilans annuels, suivi contraceptif, dépistage cervical, santé mammaire, prise en charge de la ménopause — dans un cadre guidé par les recommandations du NICE, du RCOG et de la British Menopause Society.

Pour les Françaises de Londres, cette approche a le goût du familier. Pour les Britanniques qui la découvrent, elle a souvent l’effet d’une révélation — un standard de soins qu’elles ne soupçonnaient pas et dont elles ne veulent plus se passer. Dans les deux cas, le principe est le même : la santé gynécologique des femmes mérite une attention spécialisee, pas seulement quand quelque chose ne va pas, mais comme un pilier structuré du parcours de soins.

La distinction entre gynécologie médicale et gynécologie chirurgicale peut sembler académique. Elle ne l’est pas. Elle détermine si votre santé gynécologique est gérée de manière proactive par un spécialiste qui vous connaît, ou de manière réactive par une succession de cliniciens qui ne voient chacun qu’un fragment du tableau. La France a choisi un modèle. Le Royaume-Uni en a choisi un autre. Mais vous n’avez pas à accepter les limites de l’un ou de l’autre.

Vous cherchez le type de suivi gynécologique que vous aviez en France ? Je propose des consultations complètes et continues, en français et en anglais, à Kensington et Harley Street.

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Révisé médicalement par le Dr Victoire Kotur de Castelbajac, Gynécologue (inscrite au GMC) — Dernière révision mars 2026

Sources & Lectures complémentaires

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