8 min de lecture

Équité en santé des femmes : pourquoi c'est important

La Journée internationale des droits des femmes, le 8 mars, porte cette année le thème Droits. Justice. Action. Pour TOUTES les femmes et les filles. C’est un appel qui résonne profondément pour celles et ceux qui travaillent dans le domaine de la santé des femmes — car pour trop de femmes au Royaume-Uni, l’accès à des soins gynécologiques spécialisés et rapides reste un privilège plutôt qu’un droit.

Dans ma pratique, je constate chaque jour l’impact des inégalités de santé. Des femmes qui ont attendu des mois — parfois des années — pour obtenir des réponses. Des femmes à qui l’on a dit que leur douleur était psychologique, que leurs saignements étaient quelque chose avec lequel il fallait vivre, que leurs symptômes de périménopause n’étaient que du stress. En tant que gynécologue formée en France et exerçant à Londres, j’ai eu le privilège de pratiquer dans deux systèmes de santé très différents, et cette double perspective a aiguisé ma compréhension de ce qui fonctionne, de ce qui échoue, et de ce qui doit changer de toute urgence.

Symbole féminin avec signe d’égalité pour l’équité en santé

La réalité des inégalités de santé des femmes au Royaume-Uni

Selon le Royal College of Obstetricians and Gynaecologists (RCOG), plus de 743 000 femmes figurent actuellement sur les listes d’attente de gynécologie du NHS en Angleterre. Ce sont trois quarts de million de femmes qui attendent — souvent pendant des mois, voire des années — un diagnostic et un traitement pour des pathologies comme l’endométriose, les fibromes, les saignements menstruels abondants et les symptômes de la ménopause. Le délai moyen pour un rendez-vous en gynécologie dépasse désormais 18 semaines, et dans de nombreuses régions du pays, il est considérablement plus long.

Mais les chiffres ne racontent qu’une partie de l’histoire. Derrière chaque statistique se trouve une femme dont la vie quotidienne, le travail, les relations et la santé mentale sont affectés par une pathologie qui pourrait être prise en charge. Un diagnostic retardé ne provoque pas seulement de la frustration ; il permet aux pathologies de progresser, aux symptômes de s’aggraver et au poids émotionnel de s’alourdir.

Les inégalités ne touchent pas toutes les femmes de la même manière. L’enquête confidentielle MBRRACE-UK sur la mortalité maternelle a montré de manière constante que les femmes noires au Royaume-Uni ont quatre fois plus de risques de mourir pendant la grossesse et l’accouchement que les femmes blanches. Les femmes d’origine asiatique font face à un risque deux fois plus élevé. Ce ne sont pas des différences marginales — elles représentent une défaillance systémique à fournir des soins équitables à toutes les femmes, quelle que soit leur origine ethnique.

Les disparités vont bien au-delà de la maternité. Les femmes issues de minorités ethniques et de milieux socio-économiques défavorisés attendent plus longtemps pour les orientations, ont moins de chances de bénéficier d’examens spécialisés, et rapportent se sentir moins écoutées en consultation. Quand je réfléchis à ces chiffres, je ressens à la fois de la colère et de la détermination. Ce n’est pas inévitable — c’est le résultat de choix, de priorités et de structures qui peuvent être changés.

Ce que je vois dans mon cabinet

En tant que gynécologue formée à l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris et exerçant désormais à Londres, je suis témoin des conséquences du fossé en santé des femmes dans presque chaque consultation. Voici ce que je vois le plus fréquemment :

L’endométriose non diagnostiquée pendant des années. Le délai moyen entre les premiers symptômes et le diagnostic de l’endométriose au Royaume-Uni reste de sept à huit ans. Je vois régulièrement des femmes dans la trentaine à qui l’on a dit depuis l’adolescence que des règles douloureuses étaient normales. Lorsqu’elles arrivent dans mon cabinet, beaucoup ont développé une maladie avancée qui a affecté leur fertilité, leur carrière et leur estime de soi. Une orientation plus précoce, des examens plus tôt et un traitement plus rapide auraient pu leur épargner des années de souffrance inutile.

Des femmes ménopausées qui ont été bananisées. Je vois des femmes de la fin de la quarantaine et de la cinquantaine qui ont consulté leur généraliste à plusieurs reprises avec des symptômes de périménopause — anxiété, insomnie, douleurs articulaires, brouillard mental, humeur basse — pour se voir proposer des antidépresseurs sans aucune discussion sur le traitement hormonal substitutif (THS). Malgré les recommandations claires de NICE préconisant le THS comme traitement de première ligne des symptômes ménopausiques, trop de femmes ne reçoivent toujours pas les informations dont elles ont besoin pour faire un choix éclairé concernant leur propre corps.

Des dépistages cervicaux manqués. La participation au dépistage cervical au Royaume-Uni est tombée à son niveau le plus bas depuis plus de deux décennies. Beaucoup de femmes me disent trouver l’examen inconfortable, gênant, ou qu’elles n’ont tout simplement pas pu obtenir un rendez-vous pratique. Je prends le dépistage cervical et la prise en charge du HPV très au sérieux dans ma pratique, car je sais que ce simple examen sauve des vies — et que les obstacles à sa réalisation sont souvent pratiques plutôt que médicaux.

L’insatisfaction contraceptive. Un nombre surprenant de femmes que je reçois n’ont jamais eu une conversation approfondie sur leurs options contraceptives. On leur a donné une ordonnance sans discussion sur les alternatives, les effets secondaires, ou ce qui conviendrait le mieux à leur mode de vie et à leur profil de santé. La contraception n’est pas universelle, et chaque femme mérite une consultation qui la traite comme la décision de santé importante qu’elle est.

Aucune femme ne devrait avoir à se battre pour être crue au sujet de son propre corps. L’équité en santé signifie que chaque femme — quels que soient son origine, son ethnie ou son code postal — reçoit le même standard de soins, le même respect et le même accès à un traitement rapide.

Les obstacles aux soins gynécologiques

Le fossé en santé des femmes n’est pas le résultat d’une cause unique. C’est le produit d’obstacles qui se croisent et se renforcent mutuellement :

Ayant été formée en France, où l’approche des soins gynécologiques est structurée différemment — les femmes consultent généralement un gynécologue directement pour les soins de routine plutôt que d’être filtrées par un généraliste — je peux voir à la fois les forces et les faiblesses du système britannique. Le NHS est une institution remarquable, mais il est sous une pression extraordinaire, et la santé des femmes a trop souvent été le domaine où les coupes budgétaires se font le plus sentir.

Mon travail au Dispensaire Français

L’équité en santé n’est pas seulement un concept sur lequel j’écris — c’est quelque chose que je m’efforce de pratiquer. Je suis bénévole en tant que gynécologue au Dispensaire Français de Londres, une association qui offre des consultations médicales gratuites à la communauté francophone de Londres depuis 1867. Beaucoup des femmes que j’y reçois n’ont pas facilement accès à des soins gynécologiques par d’autres voies. Certaines sont arrivées récemment au Royaume-Uni et ne sont pas encore inscrites chez un généraliste. D’autres sont sans papiers, sans assurance, ou simplement incapables de naviguer dans un système qui n’a pas été conçu pour elles.

Au Dispensaire, j’assure des consultations couvrant le dépistage cervical, le conseil en contraception, la prise en charge de la ménopause et les bilans gynécologiques généraux — la même qualité de soins que celle que j’offre dans ma pratique privée, mais gratuitement. C’est l’une des facettes les plus enrichissantes de mon travail, car elle me ramène à la raison fondamentale pour laquelle je suis devenue médecin : aider les femmes qui en ont besoin, quelles que soient leurs circonstances.

Ce que j’ai appris au Dispensaire, c’est que les obstacles aux soins sont souvent remarquablement simples à surmonter quand la volonté est là. Une consultation dans la langue d’une femme, dans un environnement accueillant, avec un médecin qui a le temps d’écouter — ce ne sont pas des luxes. C’est le minimum de ce à quoi des soins équitables devraient ressembler. J’ai écrit davantage sur ce travail et ce qu’il m’a appris dans mon article sur le bénévolat au Dispensaire Français.

Ce qui doit changer

La Stratégie pour la santé des femmes du gouvernement britannique, publiée en 2022, était une reconnaissance bienvenue que le système a failli aux femmes. Mais les documents stratégiques seuls ne changent pas les résultats. Ce qui est nécessaire, c’est un investissement soutenu, une responsabilité et un changement fondamental dans la manière dont la santé des femmes est priorisée au sein du NHS. Plus précisément :

Mon approche de l’équité en santé dans ma pratique

Je ne peux pas réparer le système à moi seule, mais je peux m’assurer que chaque femme qui entre dans mon cabinet reçoive les soins qu’elle mérite. Voici ce à quoi je m’engage dans ma pratique :

Ce que vous pouvez faire

L’équité en santé commence par des actions individuelles autant que par des changements systémiques. Voici des mesures que vous pouvez prendre dès aujourd’hui :

La santé ne devrait pas être un luxe. Chaque femme — quels que soient son ethnie, ses revenus, sa langue ou son code postal — a le droit d’être entendue, diagnostiquée rapidement et traitée avec l’expertise et la bienveillance qu’elle mérite. Ce n’est pas une déclaration politique. C’est un impératif médical.

En cette Journée internationale des droits des femmes, je veux que chaque femme qui lit cet article sache : vos symptômes comptent, votre douleur est réelle, et vous méritez mieux que d’être priée d’attendre. Que ce soit à travers ma pratique privée, mon travail au Dispensaire, ou simplement à travers cet article qui atteint la bonne personne au bon moment — je continuerai à me battre pour un système de santé qui serve véritablement toutes les femmes.

Vous souhaitez prendre votre santé en main ? Réservez un bilan gynécologique complet avec une spécialiste à votre écoute.

Prendre rendez-vous

Révisé médicalement par Dr Victoire Kotur de Castelbajac, Gynécologue consultante (inscrite au GMC) — Dernière révision mars 2026

Sources & Références

  • OMS : Santé des femmes — Ressources de l’Organisation mondiale de la santé sur l’équité en santé des femmes
  • NHS England Equality Hub — Travaux du NHS England sur les inégalités de santé et l’accès équitable aux soins
  • The Menopause Charity — Association britannique œuvrant pour améliorer l’accès équitable aux soins et à l’information sur la ménopause
  • MBRRACE-UK — Enquête confidentielle sur la mortalité et la morbidité maternelles, mettant en lumière les disparités ethniques dans les résultats maternels au Royaume-Uni
  • NICE Guideline NG23 : Ménopause — Recommandation du National Institute for Health and Care Excellence sur le diagnostic et la prise en charge de la ménopause
← Retour aux articles
Prendre Rendez-vous Appeler