La visite annuelle chez le gynécologue fait partie de notre culture médicale. Dès l’adolescence, la plupart d’entre nous avons pris l’habitude de consulter régulièrement — un rendez-vous structuré, approfondi, où notre spécialiste fait le point sur notre contraception, réalise un examen clinique, aborde les éventuels symptômes nouveaux et prescrit les examens de dépistage nécessaires. C’est de la médecine préventive dans ce qu’elle a de plus concret.
En arrivant à Londres, beaucoup de Françaises réalisent que ce suivi n’existe pas dans le système britannique. Il n’y a pas de consultation gynécologique annuelle programmée, pas de spécialiste référent, pas de bilan structuré. Cela ne signifie pas que les soins n’existent pas — mais il faut savoir où les trouver.
Ce que le NHS propose — et ses limites
Le Royaume-Uni dispose de programmes de dépistage nationaux. Ils sont fondés sur les données probantes et fonctionnent bien dans leur cadre. Mais ils ne correspondent pas au bilan global que vous connaissiez en France.
Le dépistage cervical (frottis) est proposé désormais tous les cinq ans de 25 à 64 ans, depuis le passage complet au test HPV en première intention. Jusqu’en 2025, l’intervalle était de trois ans avant 50 ans, mais avec la généralisation du test HPV : l’échantillon est d’abord analysé pour la présence du papillomavirus, et la cytologie n’est réalisée que si le HPV est détecté. En France, la Haute Autorité de Santé recommande désormais également le test HPV en première intention à partir de 30 ans, avec une cytologie classique entre 25 et 29 ans.
La différence fondamentale ne porte pas sur le test lui-même, mais sur le contexte. En France, votre frottis s’inscrivait dans une consultation complète : examen des seins, examen pelvien, discussion sur votre cycle et votre contraception, parfois échographie. Au Royaume-Uni, le frottis est réalisé par l’infirmière du cabinet en cinq minutes. Il n’y a pas d’examen complémentaire, pas de discussion élargie, et pas de supervision spécialisée sauf anomalie détectée.
Le dépistage mammaire sur le NHS consiste en une mammographie proposée tous les trois ans entre 50 et 70 ans. Il n’y a pas d’examen clinique des seins par un spécialiste dans le cadre de ce programme. En France, la palpation mammaire par votre gynécologue faisait partie de chaque visite annuelle, et le programme national de dépistage organisé propose une mammographie tous les deux ans à partir de 50 ans.
En dehors de ces deux programmes, le NHS ne propose pas d’examen pelvien systématique, de bilan hormonal de routine, ni de révision proactive de la contraception. Ces actes sont disponibles si vous les demandez à votre GP, mais ils ne font pas partie d’un protocole structuré.
Pourquoi le bilan annuel compte
Le modèle français de suivi gynécologique annuel n’est pas un simple reflexe culturel. Il répond à une logique clinique. Un suivi régulier par un spécialiste permet :
- La détection précoce de pathologies telles que l’endométriose, le SOPK, les fibromes ou les kystes ovariens — souvent avant qu’ils ne deviennent symptomatiques
- Une gestion proactive de la contraception — vérifier que votre méthode reste adaptée, discuter des effets secondaires, ajuster en fonction de l’évolution de votre vie
- Une surveillance mammaire régulière — l’examen clinique peut détecter des anomalies entre les mammographies
- Un bilan hormonal — repérer les premiers signes de périménopause, de dysfonction thyroïdienne ou de déséquilibre hormonal
- Une continuité de soins — un spécialiste qui connaît votre histoire peut repérer des changements subtils qu’une consultation ponctuelle manquerait
Il ne s’agit pas de multiplier les examens inutiles. Il s’agit d’avoir un rendez-vous régulier avec un spécialiste qui comprend votre corps, votre histoire et vos préoccupations — et qui peut agir tôt quand quelque chose change. C’est le principe même de la gynécologie médicale française, et c’est le standard que je maintiens dans ma pratique à Londres.
Ce que comprend mon bilan gynécologique
Lorsqu’une patiente vient me voir pour son bilan annuel, j’aborde la consultation avec la rigueur qu’exige la gynécologie préventive. Un bilan complet dans mon cabinet comprend :
Un interrogatoire détaillé. Je fais le point sur vos cycles, votre contraception, les symptômes éventuels apparus depuis la dernière consultation, les modifications de l’humeur, du sommeil, de la libido, et les éventuelles mises à jour des antécédents familiaux. Cette conversation seule révèle souvent des préoccupations qu’une patiente n’aurait pas pensé à évoquer avec son GP.
Un examen clinique. Selon votre âge et vos antécédents, cela peut inclure un examen pelvien et un examen des seins. Rien n’est réalisé sans votre consentement et une explication claire.
Un frottis cervical si vous êtes dans la période de dépistage — ou si vous préférez le réaliser dans le cadre d’une consultation spécialisée plutôt qu’avec l’infirmière du cabinet.
Une échographie gynécologique si cliniquement indiquée — par exemple en cas de règles abondantes ou irrégulières, de douleurs pelviennes, ou pour un bilan de référence de l’utérus et des ovaires.
Une révision de votre contraception. Si vous prenez une contraception hormonale, nous discutons de son adéquation actuelle, en particulier en fonction de l’évolution de votre santé, de votre mode de vie ou de vos projets de grossesse.
Un dépistage des IST et des bilans sanguins si pertinents, incluant bilan hormonal, fonction thyroïdienne ou bilan martial selon le contexte.
La consultation dure en général 30 à 45 minutes. Elle n’est pas bâclée. Et elle est conçue pour vous offrir le même niveau de surveillance que celui auquel vous étiez habituée en France.
La continuité : voir le même spécialiste, année après année
Ce que les Françaises apprécient le plus dans leur modèle médical, c’est la continuité de la relation avec leur gynécologue. Vous voyez la même personne année après année. Elle connaît vos antécédents. Elle se souvient du fibrome qu’elle a repéré il y a trois ans, du changement de contraception de l’année dernière, de l’histoire familiale de cancer du sein qui nécessite une vigilance particulière. Cette connaissance longitudinale a une valeur clinique réelle — elle permet de reconnaître des tendances, de suivre des évolutions et de détecter des problèmes précocement.
Le système britannique, lui, fonctionne davantage par épisodes. Vous voyez votre GP pour un motif, un gynécologue hospitalier pour un autre, une infirmière pour votre frottis. Rarement un seul clinicien ne détient la vue d’ensemble de votre santé gynécologique au fil du temps.
Un gynécologue en privé peut combler cette lacune. Quand vous consultez le même spécialiste chaque année, il construit une compréhension complète de votre santé qu’aucune consultation isolée de GP ne peut remplacer.
Pas besoin de lettre d’adressage
Un point que beaucoup de femmes ignorent : il n’est pas nécessaire d’avoir l’accord de votre GP pour prendre rendez-vous avec un gynécologue privé. Vous contactez directement le cabinet, vous choisissez un créneau qui vous convient, et vous êtes reçue en quelques jours. C’est exactement comme en France quand vous preniez rendez-vous avec votre gynécologue.
Si vous disposez d’une assurance santé privée — assureur français comme April International ou la CFE, ou assureur britannique comme Bupa, AXA Health, Aviva, Cigna ou Vitality — le bilan annuel peut être pris en charge. Vérifiez les conditions de votre contrat avant de prendre rendez-vous.
La gynécologie préventive n’est pas un luxe. C’est un standard de soins que les Françaises ont toujours connu et que chaque femme mérite. L’absence de bilan gynécologique annuel au NHS ne signifie pas qu’il est indisponible à Londres. Il suffit de savoir où le trouver.
Vous souhaitez réaliser votre bilan gynécologique annuel ? Je propose des consultations complètes en français et en anglais, à Kensington et Harley Street.
Prendre rendez-vousRévisé médicalement par le Dr Victoire Kotur de Castelbajac, Gynécologue (inscrite au GMC) — Dernière révision mars 2026
Sources & Lectures complémentaires
- NHS — Dépistage cervical — Programme national de dépistage du col de l’utérus en Angleterre
- NHS — Dépistage mammaire — Programme national de dépistage du cancer du sein
- Haute Autorité de Santé (HAS) — Recommandations françaises sur le dépistage cervical
- Royal College of Obstetricians and Gynaecologists — Instance professionnelle de la gynécologie au Royaume-Uni